ALFRED ADLER, L'HOMME, SON MILIEU
Alfred Adler va élaborer sa théorie de l’appareil psychique parallèlement à la pensée freudienne.L’évolution de sa pensée donc son dynamisme se forge dans le contexte singulier de la naissance d’une « science nouvelle, la psychanalyse ».
« La pensée adlérienne s’est construite autour d’une histoire personnelle, celle d’Alfred Adler, d’une histoire intellectuelle, celle du mouvement de la psychologie des profondeurs et d’une histoire sociale. Elle explore les fondements de la vie de l’homme en tant qu’individu et en tant qu’élément social ; elle resitue cet homme dans le mouvement évolutionniste et lui propose de découvrir un sens à sa vie puisque le sens absolu de cette vie, si tant est qu’il existe, lui échappera toujours ».
Alfred ADLER, l’homme
A. Adler est né en 1870 dans un faubourg viennois, ses parents sont originaires du Burgenland, région située entre Autriche et Hongrie ; c’est une province assez prospère ou les différents peuples et confessions de l’empire Austro hongrois se côtoient et travaillent dans une relative équité. Pour des raisons économiques, la famille Adler s’établie dans les environs de Vienne.
Alfred est le cadet d’une fratrie de huit enfants.Changeant de quartier au gré des déménagements, Adler passe une grande partie de son temps libre à jouer avec les autres enfants issus des classes populaires et non juives. « Il est remarquable qu’Adler, bien que juif et étranger dans son pays, n’ait jamais eu l’impression d’appartenir à une minorité : il se sentait engagé à fond dans la vie populaire de la capitale, et sa parfaite connaissance de l’idiome viennois lui permettait de s’exprimer publiquement comme un homme du peuple. On comprendra dès lors que la notion de sentiment communautaire ait été au centre de sa doctrine. » Contrairement à Freud, Adler ne s’est jamais pensé sentimentalement lié au judaïsme, il se convertira même au protestantisme et deux de ses frères au catholicisme.
Scolarité classique
Il entreprend des études de médecine en 1888 et obtient son doctorat en 1895. Ne pouvant être rémunéré car il n’est pas encore citoyen autrichien (il le deviendra en 1911), il travaille bénévolement à la « Poliklinik » de Vienne puis ouvre un cabinet dans un faubourg populaire.
En 1897, il épouse Raïssa Epstein, ils auront quatre enfants dont une fille qui mourra tragiquement dans un camp stalinien. Leur union sera mouvementée, Raïssa est une fervente militante socialiste, A.Adler bien que proche de ces idées se distanciera du pouvoir politique.
En 1916, il est réquisitionné comme médecin militaire. De ces années de guerre, A.Adler soulignera que la volonté de puissance est aussi à entendre du côté collectif, il retiendra, pour avoir côtoyé de près les névroses de guerre, une approche originale du traumatisme. L’effondrement de l’empire austro-hongrois, le nouveau régime politique lui permet à partir de 1920 de concrétiser ses idées : création des groupes de réflexion avec les instituteurs, les premières consultations médico psychologiques, les jardins d’enfants…Il est nommé professeur à l’institut pédagogique de Vienne.
En 1934, le parti social-démocrate fut interdit, les consultations d’A.Adler supprimées. Prévoyant la montée en puissance de la barbarie nazie, il émigre aux États-Unis, pays où depuis de nombreuses années, il anime des cycles de conférences . A.Adler meurt à Aberdeen (Ecosse) pendant un cycle de conférences. Il laisse une œuvre difficile d’accès sous une apparente facilité de lecture.
De la médecine sociale à l’orientation psychanalytique.Nous pourrions décliner l’évolution de la pensée d’A.Adler en deux phases :La « médecine sociale » L’orientation analytique à partir de 1902
1. La médecine sociale : A. Adler, un observateur de la société
Très tôt, A. Adler a ressenti la nécessité de porter un regard critique sur la notion de maladie et d’aborder l’homme dans sa totalité ; il transforme une médecine du corps malade en une médecine de la personne humaine dans sa globalité : unicité et socialité. Du fait de sa vision unitaire, il n’oppose pas l’homme sain et l’homme malade, « La position d’A.Adler relève d’un a priori épistémologique dont il est bon de comprendre les effets : A.Adler rend relative la frontière entre le normal et l’anormal, le malade et ce qui est sain, même en ce qui concerne les causes organiques. »
Cette orientation sur le versant de la médecine sociale, lui vient de son sens de l’observation de la société : étudiant en médecine, A.Adler se forme à la clinique médicale à la Poliklinik. Cette institution de bienfaisance reçoit des patients des classes très modestes, la sécurité sociale n’existe pas, les consultations et les soins sont dispensés à titre gracieux.Son exercice de la médecine dans un quartier populaire le conduit à s’interroger sur les incidences sociales et politiques sur la santé, donc à dépasser l’orthodoxie médicale. En démontrant les liens entre le développement des pathologies, les conditions de travail et de vie, il expose d’une part les limites de l’action purement médicale et d’autre part il démontre que la maladie peut-être un produit de la société.
En 1895 il publie une monographie « Le livre de santé pour le métier de tailleur », fruit de ses observations et constats.L’ambition de l’ouvrage est donnée dès l’avant-propos : « Aujourd’hui, un médecin ne peut plus s’enfermer dans l’examen des souffrances physiques de l’homme, en tant que produit individuel, mais en tant que produit de société, et si la formation, la position et l’action du médecin donnent peu de place à cette conception, il ne peut pas ne pas voir, que de ces nouvelles conditions naissent, en médecine également de nouveaux problèmes. »Le constat est simple, 200 000 petits tailleurs sont soumis aux lois du marché en Autriche et Hongrie : précarité financière, travail à bas coût, logements insalubres, cadences de travail épuisantes, matériel vétuste, menace du chômage, carences alimentaires.Ces mauvaises conditions de vie entraînent :- maladies pulmonaires, troubles circulatoires, scoliose, empoisonnement.A.Adler dresse ainsi le coût pour la santé publique de l’ensemble des maladies professionnelles et adresse aux politiques et aux médecins eux-mêmes un programme destiné à remédier à cet état de carence : avant tout renforcer la législation du travail, créer une assurance maladie obligatoire ainsi qu’une assurance chômage, enseigner la médecine sociale.
De 1895/1900Adler est un socialiste, ouvert aux idées d’égalité de la femme et de l’homme, à l’importance des premières années de vie pour l’équilibre affectif, aux influences de la société sur l’individu, à un idéal social.– Idées fortes qui constituent les bases où s’organise l’action d’A.Adler :La prise en charge du malade dans son contexte social, la compensation l’infériorité somatique par la vie psychique, et l’importance de l’éducation comme prophylaxie mentale.
« En 1898, lorsqu’il demandait que le médecin n’étudie pas l’homme en tant que produit individuel, mais en tant que produit de la société, A.Adler s’engageait à son insu dans la voie de la psychologie. ». Schaffer
Freud a commencé par la Neurologie, A.Adler comme médecin généraliste, ce qui explique en partie son intérêt porté au corps et aux relations du corps et de l’âme.
A.Adler, pendant cette période, collabore à divers journaux, il continue son exercice à titre libéral dans un quartier populaire et déjà, entreprend ses premières psychothérapies. Il a connaissance des travaux de Freud et adopte sa méthode : anamnèse, catharsis, associations libres.
En 1902 il publie dans l’Aerztliche Standeszeitung « L’irruption des forces sociales en médecine. »Et en 1904 « Le médecin comme éducateur ». A.Adler définit ainsi le rôle du médecin impliqué dans la prévention des maladies ainsi que dans l’éducation : lutte contre l’alcoolisme, les maladies infectieuses, sexuelles, « Avant tout, le médecin est un guide, un conseiller social et c’est à travers cette idée éducative qu’il peut optimiser son action thérapeutique, sociale et éducative. »
Malgré ses articles qui trouvent un certain retentissement, A.Adler est consterné par l’immobilisme des politiques, des médecins et puisque la société s’avère impossible à changer, c’est l’individu qui doit changer.
2. L’orientation analytique
A.Adler répond favorablement à l’invitation de Freud à participer « aux soirées du mercredi », enthousiasmé par « L’interprétation des rêves ». L’objectif de Freud est de créer un cercle d’enseignement et de répandre la psychanalyse. Celui dA.Adler est d’approfondir ses connaissances sur le fonctionnement psychique et les méthodes analytiques mais également, partant de sa connaissance du monde médico-social et sa vision singulière de l’être humain, de jouer un rôle complémentaire, d’enrichir, cette science nouvelle en plein essor, la psychanalyse, de nouvelles perspectives théoriques.
De 1902 à 1910, les apports théoriques d’A.Adler sont bien accueillis, notamment ceux exposés dans « L’Etude des infériorités organiques et leur compensation psychique », explication sur les liens entre le psychisme et le somatique ; et « La pulsion d’agression dans la vie et dans la Névrose », articulé sur les idées développées en 1907 : chaque pulsion prend sa source dans l’activité de l’organe ; « l’agressivité peut se manifester telle quelle, sublimée, transformée en son contraire à la suite d’une inhibition retournée contre soi-même ou déplacée vers un autre but ». Freud, dans cet ouvrage, y voit une description de la libido qui confirme son accord avec A. Adler sur de nombreux autres points.
Les relations entre Freud et A.Adler sont excellentes et le premier pointe les convergences entre leur approche respective.
A.Adler, poursuit le développement de sa pensée sous couvert de l’orthodoxie :-Continuité entre le normal et le pathologique ;-Projet de vie à élaborer au cours de l’analyse ;-Situation inférieure de la femme non pas par absence de pénis mais par la fiction culturelle d’une vision dominatrice de l’homme ;-Sous-estimation du traumatisme initial dans la genèse de la névrose ;-Pour le succès d’une analyse il insiste sur la non nécessité d’explorer tout le matériel psychanalytique ;-Passage du principe de causalité à celui de finalité dans l’explication du symptôme ;-La sexualité tient une place importante mais il l’interprète comme une composante sensible de la personnalité sur laquelle se reflètent facilement les perturbations du psychisme que comme la force motrice, genèse universelle de tous les comportements et de tous les dérèglements.
1910 est l’année où A.Adler devient Président du groupe viennois mais également celle des dissensions. L’originalité des apports d’A.Adler dépasse l’orthodoxie. A.Adler propose des concepts qui s’éloignent de la doctrine établie, une terminologie analytique nouvelle.A.Adler s’oppose à Freud sur la sexualité : pour A.Adler, celle-ci n’est pas centrale, composante de la personnalité elle en est un reflet, mais ne peut constituer à elle seule le noyau névrotique.Cette affirmation sonne le glas de l’entente entre les deux hommes. Les divergences d’orientation se révèlent dans les discours théorico- cliniques d’A.Adler et mettent à jour un fondement théorique qui lui est personnel, dans la continuité de son cadre de pensée antérieur.
Le 23 février 1910, conférence d’A.Adler sur L’hermaphrodisme psychique : Freud entend ce concept comme une réelle contribution à la recherche analytique mais intégré à l’ensemble théorique dont les vues et les conséquences sont différentes, il s’oppose là encore à A.Adler.
1911 : Deux conférences sont proposées afin d’apaiser les conflits : « Problèmes controversés de la psychanalyse : le rôle de la sexualité dans la névrose », « La protestation masculine, rôle et signification dans la névrose ». Cette confrontation de vue scelle la rupture, A.Adler démissionne de la présidence en et crée la Société de Recherche de Psychanalyse Libre qui prendra ensuite le nom de Société de Psychologie Individuelle.Huit années et demie de collaboration, pendant lesquelles A.Adler, grâce à la confrontation permanente avec ses pairs, va enrichir, affiner, préciser sa pensée. Le cercle viennois lui a permis un cadre de recherches stimulant, une méthode analytique et des hypothèses pour développer sa pensée.Le conflit entre Freud et Adler s’origine probablement d’un malentendu : A.Adler s’est toujours situé dans une perspective de collaboration « Freud m’a invité, non en élève mais en égal. »
1912 : Publication de « Le tempérament nerveux ».
1914 : Adler crée la revue de Psychologie individuelle. Collectif « Guérir et former ». La guerre : pour Adler, la guerre est « une psychose collective menée par des individus avides de pouvoir ».
1916 : Adler est médecin militaire en Neuropsychiatrie dans un hôpital militaire. En novembre, il donne une conférence sur les Névroses de guerre et souligne le rôle fondamental de l’éducation dans la prévention de la guerre. (p 635). Après cette guerre, prise de pouvoir par les sociaux-démocrates qui créent un programme « d’institutions d’utilité publique » : logement, dispensaires médicaux, réforme scolaire (respect des besoins fondamentaux de l’enfant), écoles expérimentales, groupes de travail pour les instituteurs (pour les enfants difficiles), ouverture des consultations médico-pédagogiques, jardins d’enfants.Ici, nous percevons l’étroite corrélation entre la politique sociale de ce gouvernement et la pensée adlérienne : une pensée humaniste, une théorie qui prend racine dans l’observation de la société, c’est-à-dire des besoins des individus rapportés à une nécessaire évolution de la société ; La théorie adlérienne s’articule au sociétal.
1923 : Création de la Revue internationale de Psychologie Individuelle, publication des textes des divers groupes adlériens d’Europe et d’Amérique du Nord (précurseur de l’IAIP).
1924 : Professeur à l’Institut pédagogique de Vienne.
Conférences aux E.U 1927 : Publication de Connaissance de l’Homme. Conférences en Europe et aux E.U où il vit de plus en plus souvent.
1929 : Directeur médical d’une clinique ambulatoire pour le traitement de la Névrose, Vienne.
1929-30-31 : Cours à l’Université Columbia de New York.1934 : Le parti social-démocrate est interdit. Adler s’installe aux E.U. Il anticipe la catastrophe nazie.
1937 : il meurt à Aberdeen, Ecosse.
Adler ne peut être considéré dissident de Freud, puisqu’avant 1902, il proposait déjà une ligne philosophique base de sa doctrine psychanalytique.Adler va élaborer une conception de l’Inconscient, qui diffère également de la conception freudienne. Pour Adler, l’Inconscient n’est pas le réservoir du refoulé ; il ne sépare pas Conscient et Inconscient, ne fait pas de la psyché une entité clivée, toujours dans l’idée de l’Unité (continuum, prolongement de l’inconscient dans le conscient) ou toute la structure psychique fonctionne et agit dans l’unique but d’idéal de perfection pour le maintien et l’amélioration de la vie.
A. Adler définit l’Inconscient comme le lieu de l’Incompris, du non-inscrit, de l’inaccessible en soi. Il est constitué d’un savoir dont la signification ne parvient pas à la conscience mais qui peut, dans les situations pathologiques, s’exprimer par le symptôme.
ALFRED ADLER, L'HOMME, SON MILIEU
Alfred Adler va élaborer sa théorie de l’appareil psychique parallèlement à la pensée freudienne.L’évolution de sa pensée donc son dynamisme se forge dans le contexte singulier de la naissance d’une « science nouvelle, la psychanalyse ».
« La pensée adlérienne s’est construite autour d’une histoire personnelle, celle d’Alfred Adler, d’une histoire intellectuelle, celle du mouvement de la psychologie des profondeurs et d’une histoire sociale. Elle explore les fondements de la vie de l’homme en tant qu’individu et en tant qu’élément social ; elle resitue cet homme dans le mouvement évolutionniste et lui propose de découvrir un sens à sa vie puisque le sens absolu de cette vie, si tant est qu’il existe, lui échappera toujours ».
Alfred ADLER, l’homme
A. Adler est né en 1870 dans un faubourg viennois, ses parents sont originaires du Burgenland, région située entre Autriche et Hongrie ; c’est une province assez prospère ou les différents peuples et confessions de l’empire Austro hongrois se côtoient et travaillent dans une relative équité. Pour des raisons économiques, la famille Adler s’établie dans les environs de Vienne.
Alfred est le cadet d’une fratrie de huit enfants.Changeant de quartier au gré des déménagements, Adler passe une grande partie de son temps libre à jouer avec les autres enfants issus des classes populaires et non juives. « Il est remarquable qu’Adler, bien que juif et étranger dans son pays, n’ait jamais eu l’impression d’appartenir à une minorité : il se sentait engagé à fond dans la vie populaire de la capitale, et sa parfaite connaissance de l’idiome viennois lui permettait de s’exprimer publiquement comme un homme du peuple. On comprendra dès lors que la notion de sentiment communautaire ait été au centre de sa doctrine. » Contrairement à Freud, Adler ne s’est jamais pensé sentimentalement lié au judaïsme, il se convertira même au protestantisme et deux de ses frères au catholicisme.
Scolarité classique
Il entreprend des études de médecine en 1888 et obtient son doctorat en 1895. Ne pouvant être rémunéré car il n’est pas encore citoyen autrichien (il le deviendra en 1911), il travaille bénévolement à la « Poliklinik » de Vienne puis ouvre un cabinet dans un faubourg populaire.
En 1897, il épouse Raïssa Epstein, ils auront quatre enfants dont une fille qui mourra tragiquement dans un camp stalinien. Leur union sera mouvementée, Raïssa est une fervente militante socialiste, A.Adler bien que proche de ces idées se distanciera du pouvoir politique.
En 1916, il est réquisitionné comme médecin militaire. De ces années de guerre, A.Adler soulignera que la volonté de puissance est aussi à entendre du côté collectif, il retiendra, pour avoir côtoyé de près les névroses de guerre, une approche originale du traumatisme. L’effondrement de l’empire austro-hongrois, le nouveau régime politique lui permet à partir de 1920 de concrétiser ses idées : création des groupes de réflexion avec les instituteurs, les premières consultations médico psychologiques, les jardins d’enfants…Il est nommé professeur à l’institut pédagogique de Vienne.
En 1934, le parti social-démocrate fut interdit, les consultations d’A.Adler supprimées. Prévoyant la montée en puissance de la barbarie nazie, il émigre aux États-Unis, pays où depuis de nombreuses années, il anime des cycles de conférences . A.Adler meurt à Aberdeen (Ecosse) pendant un cycle de conférences. Il laisse une œuvre difficile d’accès sous une apparente facilité de lecture.
De la médecine sociale à l’orientation psychanalytique.Nous pourrions décliner l’évolution de la pensée d’A.Adler en deux phases :La « médecine sociale » L’orientation analytique à partir de 1902
1. La médecine sociale : A. Adler, un observateur de la société
Très tôt, A. Adler a ressenti la nécessité de porter un regard critique sur la notion de maladie et d’aborder l’homme dans sa totalité ; il transforme une médecine du corps malade en une médecine de la personne humaine dans sa globalité : unicité et socialité. Du fait de sa vision unitaire, il n’oppose pas l’homme sain et l’homme malade, « La position d’A.Adler relève d’un a priori épistémologique dont il est bon de comprendre les effets : A.Adler rend relative la frontière entre le normal et l’anormal, le malade et ce qui est sain, même en ce qui concerne les causes organiques. »
Cette orientation sur le versant de la médecine sociale, lui vient de son sens de l’observation de la société : étudiant en médecine, A.Adler se forme à la clinique médicale à la Poliklinik. Cette institution de bienfaisance reçoit des patients des classes très modestes, la sécurité sociale n’existe pas, les consultations et les soins sont dispensés à titre gracieux.Son exercice de la médecine dans un quartier populaire le conduit à s’interroger sur les incidences sociales et politiques sur la santé, donc à dépasser l’orthodoxie médicale. En démontrant les liens entre le développement des pathologies, les conditions de travail et de vie, il expose d’une part les limites de l’action purement médicale et d’autre part il démontre que la maladie peut-être un produit de la société.
En 1895 il publie une monographie « Le livre de santé pour le métier de tailleur », fruit de ses observations et constats.L’ambition de l’ouvrage est donnée dès l’avant-propos : « Aujourd’hui, un médecin ne peut plus s’enfermer dans l’examen des souffrances physiques de l’homme, en tant que produit individuel, mais en tant que produit de société, et si la formation, la position et l’action du médecin donnent peu de place à cette conception, il ne peut pas ne pas voir, que de ces nouvelles conditions naissent, en médecine également de nouveaux problèmes. »Le constat est simple, 200 000 petits tailleurs sont soumis aux lois du marché en Autriche et Hongrie : précarité financière, travail à bas coût, logements insalubres, cadences de travail épuisantes, matériel vétuste, menace du chômage, carences alimentaires.Ces mauvaises conditions de vie entraînent :- maladies pulmonaires, troubles circulatoires, scoliose, empoisonnement.A.Adler dresse ainsi le coût pour la santé publique de l’ensemble des maladies professionnelles et adresse aux politiques et aux médecins eux-mêmes un programme destiné à remédier à cet état de carence : avant tout renforcer la législation du travail, créer une assurance maladie obligatoire ainsi qu’une assurance chômage, enseigner la médecine sociale.
De 1895/1900Adler est un socialiste, ouvert aux idées d’égalité de la femme et de l’homme, à l’importance des premières années de vie pour l’équilibre affectif, aux influences de la société sur l’individu, à un idéal social.– Idées fortes qui constituent les bases où s’organise l’action d’A.Adler :La prise en charge du malade dans son contexte social, la compensation l’infériorité somatique par la vie psychique, et l’importance de l’éducation comme prophylaxie mentale.
« En 1898, lorsqu’il demandait que le médecin n’étudie pas l’homme en tant que produit individuel, mais en tant que produit de la société, A.Adler s’engageait à son insu dans la voie de la psychologie. ». Schaffer
Freud a commencé par la Neurologie, A.Adler comme médecin généraliste, ce qui explique en partie son intérêt porté au corps et aux relations du corps et de l’âme.
A.Adler, pendant cette période, collabore à divers journaux, il continue son exercice à titre libéral dans un quartier populaire et déjà, entreprend ses premières psychothérapies. Il a connaissance des travaux de Freud et adopte sa méthode : anamnèse, catharsis, associations libres.
En 1902 il publie dans l’Aerztliche Standeszeitung « L’irruption des forces sociales en médecine. »Et en 1904 « Le médecin comme éducateur ». A.Adler définit ainsi le rôle du médecin impliqué dans la prévention des maladies ainsi que dans l’éducation : lutte contre l’alcoolisme, les maladies infectieuses, sexuelles, « Avant tout, le médecin est un guide, un conseiller social et c’est à travers cette idée éducative qu’il peut optimiser son action thérapeutique, sociale et éducative. »
Malgré ses articles qui trouvent un certain retentissement, A.Adler est consterné par l’immobilisme des politiques, des médecins et puisque la société s’avère impossible à changer, c’est l’individu qui doit changer.
2. L’orientation analytique
A.Adler répond favorablement à l’invitation de Freud à participer « aux soirées du mercredi », enthousiasmé par « L’interprétation des rêves ». L’objectif de Freud est de créer un cercle d’enseignement et de répandre la psychanalyse. Celui dA.Adler est d’approfondir ses connaissances sur le fonctionnement psychique et les méthodes analytiques mais également, partant de sa connaissance du monde médico-social et sa vision singulière de l’être humain, de jouer un rôle complémentaire, d’enrichir, cette science nouvelle en plein essor, la psychanalyse, de nouvelles perspectives théoriques.
De 1902 à 1910, les apports théoriques d’A.Adler sont bien accueillis, notamment ceux exposés dans « L’Etude des infériorités organiques et leur compensation psychique », explication sur les liens entre le psychisme et le somatique ; et « La pulsion d’agression dans la vie et dans la Névrose », articulé sur les idées développées en 1907 : chaque pulsion prend sa source dans l’activité de l’organe ; « l’agressivité peut se manifester telle quelle, sublimée, transformée en son contraire à la suite d’une inhibition retournée contre soi-même ou déplacée vers un autre but ». Freud, dans cet ouvrage, y voit une description de la libido qui confirme son accord avec A. Adler sur de nombreux autres points.
Les relations entre Freud et A.Adler sont excellentes et le premier pointe les convergences entre leur approche respective.
A.Adler, poursuit le développement de sa pensée sous couvert de l’orthodoxie :-Continuité entre le normal et le pathologique ;-Projet de vie à élaborer au cours de l’analyse ;-Situation inférieure de la femme non pas par absence de pénis mais par la fiction culturelle d’une vision dominatrice de l’homme ;-Sous-estimation du traumatisme initial dans la genèse de la névrose ;-Pour le succès d’une analyse il insiste sur la non nécessité d’explorer tout le matériel psychanalytique ;-Passage du principe de causalité à celui de finalité dans l’explication du symptôme ;-La sexualité tient une place importante mais il l’interprète comme une composante sensible de la personnalité sur laquelle se reflètent facilement les perturbations du psychisme que comme la force motrice, genèse universelle de tous les comportements et de tous les dérèglements.
1910 est l’année où A.Adler devient Président du groupe viennois mais également celle des dissensions. L’originalité des apports d’A.Adler dépasse l’orthodoxie. A.Adler propose des concepts qui s’éloignent de la doctrine établie, une terminologie analytique nouvelle.A.Adler s’oppose à Freud sur la sexualité : pour A.Adler, celle-ci n’est pas centrale, composante de la personnalité elle en est un reflet, mais ne peut constituer à elle seule le noyau névrotique.Cette affirmation sonne le glas de l’entente entre les deux hommes. Les divergences d’orientation se révèlent dans les discours théorico- cliniques d’A.Adler et mettent à jour un fondement théorique qui lui est personnel, dans la continuité de son cadre de pensée antérieur.
Le 23 février 1910, conférence d’A.Adler sur L’hermaphrodisme psychique : Freud entend ce concept comme une réelle contribution à la recherche analytique mais intégré à l’ensemble théorique dont les vues et les conséquences sont différentes, il s’oppose là encore à A.Adler.
1911 : Deux conférences sont proposées afin d’apaiser les conflits : « Problèmes controversés de la psychanalyse : le rôle de la sexualité dans la névrose », « La protestation masculine, rôle et signification dans la névrose ». Cette confrontation de vue scelle la rupture, A.Adler démissionne de la présidence en et crée la Société de Recherche de Psychanalyse Libre qui prendra ensuite le nom de Société de Psychologie Individuelle.Huit années et demie de collaboration, pendant lesquelles A.Adler, grâce à la confrontation permanente avec ses pairs, va enrichir, affiner, préciser sa pensée. Le cercle viennois lui a permis un cadre de recherches stimulant, une méthode analytique et des hypothèses pour développer sa pensée.Le conflit entre Freud et Adler s’origine probablement d’un malentendu : A.Adler s’est toujours situé dans une perspective de collaboration « Freud m’a invité, non en élève mais en égal. »
1912 : Publication de « Le tempérament nerveux ».
1914 : Adler crée la revue de Psychologie individuelle. Collectif « Guérir et former ». La guerre : pour Adler, la guerre est « une psychose collective menée par des individus avides de pouvoir ».
1916 : Adler est médecin militaire en Neuropsychiatrie dans un hôpital militaire. En novembre, il donne une conférence sur les Névroses de guerre et souligne le rôle fondamental de l’éducation dans la prévention de la guerre. (p 635). Après cette guerre, prise de pouvoir par les sociaux-démocrates qui créent un programme « d’institutions d’utilité publique » : logement, dispensaires médicaux, réforme scolaire (respect des besoins fondamentaux de l’enfant), écoles expérimentales, groupes de travail pour les instituteurs (pour les enfants difficiles), ouverture des consultations médico-pédagogiques, jardins d’enfants.Ici, nous percevons l’étroite corrélation entre la politique sociale de ce gouvernement et la pensée adlérienne : une pensée humaniste, une théorie qui prend racine dans l’observation de la société, c’est-à-dire des besoins des individus rapportés à une nécessaire évolution de la société ; La théorie adlérienne s’articule au sociétal.
1923 : Création de la Revue internationale de Psychologie Individuelle, publication des textes des divers groupes adlériens d’Europe et d’Amérique du Nord (précurseur de l’IAIP).
1924 : Professeur à l’Institut pédagogique de Vienne.
Conférences aux E.U 1927 : Publication de Connaissance de l’Homme. Conférences en Europe et aux E.U où il vit de plus en plus souvent.
1929 : Directeur médical d’une clinique ambulatoire pour le traitement de la Névrose, Vienne.
1929-30-31 : Cours à l’Université Columbia de New York.1934 : Le parti social-démocrate est interdit. Adler s’installe aux E.U. Il anticipe la catastrophe nazie.
1937 : il meurt à Aberdeen, Ecosse.
Adler ne peut être considéré dissident de Freud, puisqu’avant 1902, il proposait déjà une ligne philosophique base de sa doctrine psychanalytique.Adler va élaborer une conception de l’Inconscient, qui diffère également de la conception freudienne. Pour Adler, l’Inconscient n’est pas le réservoir du refoulé ; il ne sépare pas Conscient et Inconscient, ne fait pas de la psyché une entité clivée, toujours dans l’idée de l’Unité (continuum, prolongement de l’inconscient dans le conscient) ou toute la structure psychique fonctionne et agit dans l’unique but d’idéal de perfection pour le maintien et l’amélioration de la vie.
A. Adler définit l’Inconscient comme le lieu de l’Incompris, du non-inscrit, de l’inaccessible en soi. Il est constitué d’un savoir dont la signification ne parvient pas à la conscience mais qui peut, dans les situations pathologiques, s’exprimer par le symptôme.



